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Étude: Utilisation du Dronabinol en France entre 2004 et 2017



Résumé


Objectifs : Enquêter sur les pratiques de prescription du dronabinol, un extrait pur de delta-9- tétrahydrocannabinol, prescrit pour des douleurs chroniques réfractaires en France depuis 2004.


Conception : Une étude descriptive basée sur les réponses à un questionnaire envoyé aux prescripteurs de dronabinol dans toute la France métropolitaine entre juin et juillet 2017.


Principales mesures des résultats : Nous avons évalué le type de prescripteurs, notamment leur lieu de travail (hôpital,clinique ou cabinet privé) et leur spécialité. Nous avons également recueilli des informations sur les profils des patients, les maladies ou symptômes à l'origine de la prescription de dronabinol, son efficacité et ses effets secondaires.


Résultats : Nous avons reçu des questionnaires remplis par 26 prescripteurs de 17 zones différentes dans 12 régions. Cela représentait un total de 191 patients sur les 377 répertoriés depuis le 1er janvier 2006 : le rapport hommes/femmes était de 1:1, avec un âge moyen de 51 ans pour les hommes et de 45 ans pour les femmes. La raison de la prescription de dronabinol était : sclérose en plaques (49,7%) ; douleur neuropathique centrale d'autres causes (36,6%) ; douleur neuropathique périphérique (8%) ; maladie de Parkinson (2,9%) ; et autres causes (environ 1%).


La durée du traitement au dronabinol variait de 1 mois à 6 ans et la dose de 2,5 mg à 30 mg par jour (en une ou plusieurs prises). 59% des patients ont déclaré avoir ressenti une réduction de 30 à 50% de la douleur.


Conclusion : Cette première enquête sur le dronabinol en France souligne la nécessité d'approfondir d'approfondir les pratiques de prescription et l'efficacité afin de définir les conditions de bon usage et la place du dronabinol dans la prise en charge de la douleur.


 

1. Introduction


La famille des cannabacées comprend trois variétés de cannabis - ruderalis, sativa et indica - qui sont utilisées pour leurs propriétés textiles et médicinales depuis 5000 ans. Le cannabis sativa (C. sativa) a été utilisé dès 2737 avant J.-C. à des fins médicinales en Asie. Il s'est ensuite répandu dans le monde entier par informelle jusqu'en 1843 [1], date à laquelle Sir William Brooke O'Shaughnessy a publié un article sur ses utilisations thérapeutiques potentielles dans le Provincial Medical Journal [2]. S'ensuivit un siècle d'abus en raison de ses effets psychotropes et en 1961, 185 pays considéraient C. sativa comme une drogue illicite.


Parallèlement, plusieurs équipes de recherche ont travaillé sur les propriétés médicinales du cannabis et la Food and Drugs Administration (FDA) a approuvé un extrait pur de ∆-9-tetrahedrocannabinol comme médicament (dronabinol) en 1985 [3]. Le dronabinol a d'abord été vendu par Unimed Pharmaceuticals aux États-Unis sous le nom de marque Marinol® pour réduire les nausées et les vomissements des patients cancéreux subissant une chimiothérapie ou pour les patients atteints du virus de l'immunodéficience humaine (VIH).


Depuis 1997, le dronabinol est utilisé pour plusieurs indications : pour stimuler l'appétit des patients atteints du VIH [4] ; pour réduire la douleur ou la spasticité, en particulier dans la sclérose en plaques (SEP) aux États-Unis, au Canada et dans d'autres pays. pays ; et il est actuellement testé pour une utilisation dans la dépression, le syndrome de Tourette, les troubles du sommeil, psychoses, l'anxiété ou le glaucome. Le dernier consensus international GRADE (Grading of Recommendations Assessment, Development and Evaluation) pour le traitement de la douleur neuropathique, a déclaré que les cannabinoïdes ne devraient pas être utilisés en première ligne [5] mais devraient plutôt rester une alternative de seconde ou de traitement de troisième ligne.


Aujourd'hui, trois médicaments à base de cannabinoïdes, contenant des extraits naturels ou synthétiques, sont disponibles dans différents pays pour diverses indications : deux formes orales, la nabilone et le dronabinol, qui sont sur le marché depuis 1982 et 1985, respectivement ; et un spray nasal, le nabiximols, qui a été mis sur le marché en 2010. La prescription de médicaments à base de cannabinoïdes relève de diverses réglementations selon les pays. En Amérique du Nord, tout médecin peut prescrire des cannabinoïdes après avoir rempli un simple formulaire en ligne [6]. Les autorités sanitaires canadiennes ont rédigé un document détaillé à l'intention des médecins sur les formalités de prescription, les connaissances et l'information des patients sur les traitements aux cannabinoïdes traitements aux cannabinoïdes [7]. En Europe, la législation est différente pour les 28 pays. Le dernier rapport de l Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT), qui a été publié en 2017 [8], indique qu'aucun pays européen n'autorise officiellement à fumer du cannabis médical mais 18 (Autriche, Belgique, République tchèque, Danemark, Finlande, France, Allemagne, Irlande, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Norvège, Pologne, Portugal, Slovaquie, Espagne, Suède, Royaume-Uni) ont autorisé le le dronabinol et/ou les nabiximols.


Les médicaments à base de cannabinoïdes sont autorisés en France depuis la publication d'un décret au Journal officiel français en juin 2013. Cependant, bien que les nabiximols aient reçu une autorisation de mise sur le marché en janvier 2014 pour réduire la spasticité des patients atteints de SEP, il n'est toujours pas disponible en 2018. La législation française contre les drogues est l'une des plus strictes au monde alors que, paradoxalement, la consommation de cannabis en France est l'une des plus élevées et l'une des plus faibles au monde. la consommation en France est parmi les plus élevées et plusieurs tonnes de cannabis sont saisies chaque année. En revanche, aucune information n'est disponible sur l'usage médical du cannabis et on sait très peu de choses sur les médicaments officiels contenant des extraits de cannabis [6]. médicaments officiels contenant des extraits de cannabis [6].


Le dronabinol est prescrit en France depuis 2004 sous un statut spécifique appelé Named Autorisation Temporaire d'Utilisation Nominative (ATUn). Cela permet à un patient nommé de recevoir le médicament qui est importé directement des Etats-Unis et livré dans une pharmacie hospitalière. pharmacie de l'hôpital. Cette option est disponible comme traitement de dernière ligne pour les douleurs neuropathiques centrales réfractaires et ne peut être prescrite que dans un centre d'étude et de traitement de la douleur (CETD). Il n'existe pas d'informations officielles sur le dronabinol de la part de l'agence nationale de santé (Haute Autorité de Santé (HAS)) et les médecins doivent faire leurs propres recherches pour trouver une documentation spécifique. L'Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des Produits de Santé (ANSM). Médicament : ANSM) a approuvé l'utilisation du dronabinol en se basant sur trois publications : deux rapportant des essais cliniques sur les douleurs neuropathiques et la conclusion des dernières recommandations internationales basées sur la classification GRADE pour le traitement des douleurs neuropathiques.


Le premier essai, publié en 2014 a démontré une réduction significative de la douleur centrale chez 24 patients atteints de SEP qui ont été traités par 10 mg de dronabinol pendant 3 semaines [9]. La différence entre les traitements dans la réduction de la douleur par rapport à la ligne de base était d'environ 21 %. L'autre essai clinique a été mené en 2009 par BIONORICA [10] et a inclus 124 patients souffrant de douleur neuropathique centrale chronique et de fibromyalgie traités avec 7,5 mg de dronabinol pendant 7 mois. Aucun résultat significatif n'a été obtenu et 25 % des patients ont présenté des effets secondaires. Le but de cette enquête était d'étudier les prescriptions de dronabinol en France depuis 2004 et de décrire les profils des prescripteurs et des patients.


2. Matériel et méthodes


2.1. Documentation


La documentation a été obtenue auprès de l'ANSM, qui a répertorié les patients traités par dronabinol depuis son autorisation en France le 1er janvier 2006. Ce document comprend la dernière évaluation nationale évaluation nationale et porte sur 207 patients traités entre le 1er janvier 2014 et le 31 décembre 2016. Chaque ligne fait référence à un patient et indique la zone de prescription, la pharmacie de l'hôpital et la ville. L'ANSM a également rédigé un court courrier précisant que 377 patients ont été traités depuis le début de l' l'ATUn, c'est-à-dire entre le 1er janvier 2006 et le 31 décembre 2016. Lors de la dernière évaluation, seuls 207 (54,9%) étaient encore sous traitement.


À ce jour, l'ANSM n'a pas partagé d'autres informations. Ils ont conclu que la plupart des prescripteurs rapportent entre 20 et 40 % de soulagement de la douleur pour leurs patients, une amélioration de la spasticité et de la qualité de vie, et seulement quelques effets secondaires (somnolence, nausées et vomissements) avec un bon profil de sécurité. Les résultats d'une enquête non publiée sur le dronabinol par la Société française de la douleur (Société Française d'Evaluation et de Traitement de la Douleur (SFETD)), datant de novembre 2015 ont également été obtenus. Ce site première enquête sur la connaissance du dronabinol et son utilisation parmi les membres de la SFETD (1031 médecins et 13 pharmaciens). médecins et 13 pharmaciens). Ils ont obtenu des réponses de 113 (11 %), dont 25 (22 %) ont déclaré utiliser le dronabinol pour 91 patients. Cela ne représente que 2,4 % des praticiens de la douleur en France. La première partie de notre étude était une enquête pour trouver qui étaient les prescripteurs, leurs données personnelles, et de les regrouper dans les différentes régions françaises. 2.2 Conception du questionnaire Nous avons conçu un questionnaire pour les prescripteurs composé de trois sections : la première section concernait le prescripteur (localisation en France, connaissance du cannabis médical et date de la première prescription), la deuxième sur le patient et la troisième sur le médecin. prescription), la deuxième sur le patient tel qu'évalué par le médecin (diagnostic, symptômes caractéristiques, médicaments antidouleur précédents et effets secondaires du dronabinol), et la troisième sur les opinions personnelles des prescripteurs de dronabinol (leur attitude vis-à-vis des médicaments à base de cannabinoïdes et leurs intentions de prescription). Voir l'annexe 1 pour la version traduite du questionnaire.


2.2 Sélection de l'échantillon


Le questionnaire a d'abord été envoyé par courrier électronique aux responsables de 43 centres de prescription de dronabinol (sur la base des l'ANSM) dans 41 villes (2 villes avaient 2 centres) de 17 régions de France métropolitaine (77,3% d'un total de 22 régions) entre juin et juin 2007. total de 22 régions) entre juin et juillet 2017. Elle a encore été envoyée deux fois avant de clore l'enquête. Chaque centre a été appelé pour connaître l'identité des prescripteurs. Pour les deux prescripteurs privés, les hôpitaux pharmacies ont été appelées. Les prescripteurs étaient des neurologues, des anesthésistes ou des médecins généralistes travaillant dans les CETD. Dans certains centres, certains prescripteurs travaillaient seuls mais la plupart avaient plusieurs prescripteurs (le nombre exact est inconnu). Cinq régions (Aquitaine, Basse Normandie, Limousin, Nord-Pas-de-Calais, Centre-Val-de-Loire) n'ont pas prescrit de dronabinol dans leurs CETD.


L'ANSM n'a partagé aucune information sur les régions d'outre-mer (Guyane, Guadeloupe, Martinique, Mayotte, Réunion), nous avons donc émis l'hypothèse qu'il n'y avait aucun prescripteur de dronabinol dans ces régions tous. Tous les patients inclus ont été traités au dronabinol en France. Leurs caractéristiques ont été analysées en interrogeant leur prescripteur.


2.3. Éthique


Un seul investigateur de cette enquête connaissait le nom des différents prescripteurs. L'enquête était en ligne, réalisée par le logiciel Redcap sur un serveur sécurisé, géré par le Centre de Cancérologie de Lorraine, Institut de Cancérologie de Lorraine, et les réponses étaient anonymes.


2.4. Analyse statistique


L'analyse statistique a été réalisée en août 2017 à l'aide du logiciel Excel. Il s'agissait d'une collecte de données agrégat.


3. Résultats


Vingt-six questionnaires ont été obtenus auprès de 17 des 43 centres (39,5%), représentant 34 villes (Figure 1) dans 12 régions. Six prescripteurs (23%) n'ont pas rempli correctement le questionnaire et les données ont été écartées. Parmi eux, un attendait de recevoir du dronabinol des Etats-Unis.


3.1. Données démographiques des prescripteurs


Nous n'avons pas été en mesure d'identifier le centre qui a répondu s'il y avait plus d'un prescripteur répondant de différents centres dans la même ville ou de différentes villes dans une même région. (Tableaux 1 et 2) Cinq des 17 régions (29,4%) ne sont pas représentées dans notre enquête car aucun centre n'a répondu (Haute Normandie, Auvergne, Bretagne, Pays de la Loire, Picardie). Ces cinq régions non répondantes représentaient sept centres et 21 des 207 patients (10,1 %) traités par dronabinol entre janvier 2014 et décembre 2016 (données de l'ANSM).


3.2. Caractéristiques des prescripteurs


Douze des prescripteurs (46%) travaillaient seuls dans leur région. Dix-huit prescripteurs (69%) étaient membres de la SFETD et 11 (42%) d'entre eux avaient participé à l'enquête de la SFETD en novembre 2015. Onze (42 %) connaissaient le dronabinol grâce à leurs propres recherches sur des publications scientifiques, et près de la moitié (n=12, 46%) avaient trouvé des informations dans des revues spécifiques. Un seul médecin avait commencé à prescrire du dronabinol avant 2010, dix (40 %) avaient commencé entre 2010 et 2014, et 14 (56%) après 2014. Dix-huit prescripteurs (69%) avaient une qualification spécifique dans le traitement de la douleur chronique et six (23%) ne l'avaient pas. pas. (Tableau 3) En ce qui concerne l'attitude des prescripteurs, les 24 (96%) qui ont répondu à cette partie de l'enquête, souhaitaient que d'autres médicaments à base de cannabinoïdes soient disponibles en France.

Vingt-trois (92%) ont déclaré qu'ils poursuivraient leur prescription de dronabinol, 18 (72%) souhaiteraient augmenter leurs prescriptions et seulement quatre (16%) souhaitaient diminuer les prescriptions (Tableau, 4, 5 et 6).


3.3. Caractéristiques des patients


Sur les 377 patients répertoriés par l'ANSM depuis 2004, 191 (50,6%) ont été inclus dans notre enquête. Parmi eux, seuls 90 (47,1%) étaient encore sous traitement par dronabinol en 2017. Parmi les 12 régions ayant répondu à notre enquête, les données de l'ANSM ont enregistré 186 patients entre janvier 2014 et décembre 2016. Notre enquête a permis de saisir les données de 90 d'entre eux (48,4 %) auprès des prescripteurs eux-mêmes. Certaines données étaient manquantes. Par exemple, dans la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur, il y avait six centres dans six villes différentes traitant 33 patients (tableaux 1 et 2). Cependant, un seul prescripteur a renvoyé un questionnaire rempli et n'avait prescrit du dronabinol qu'à un seul patient. Par conséquent, 32 patients étaient manquants dans les cinq autres centres selon les données de l'ANSM. Ceci explique les différences entre le nombre théorique de patients et nos données. Trois régions (Lorraine, Poitou-Charentes et Alsace) ont fourni des informations sur l'ensemble de leur cohorte de patients, le nombre indiqué dans notre enquête étant le même que dans le rapport de l'ANSM. Un patient patient en Bourgogne a arrêté son traitement entre 2004 et 2017 sur un total de 13 patients et de trois prescripteurs. La moitié des patients (50,3 %) de notre enquête étaient des hommes et l'âge moyen était de 51 ans pour les hommes, et de 45 ans pour les femmes.


Le principal diagnostic rapporté était la sclérose en plaques (n=87, 49,7 %), suivi de la douleur neuropathique centrale d'autres causes (accident vasculaire cérébral) (n=64). causes (accident vasculaire cérébral) (n=64, 36,6 %), la douleur neuropathique périphérique (diabète, maladie génétique) (n=14,8 %), maladie de Parkinson (n=5, 2,9%), amputation d'un membre (n=2, 1,1%), névralgie (n=2, 1,1%) et cancer (n=1, 0.6%). La douleur neuropathique centrale était le principal symptôme des patients (n=170, 81,7%), puis la spasticité (n=20, 9,6%) et la douleur neuropathique périphérique (n=16, 7,7 %). Deux patients souffraient de symptômes différents mais aucun autre détail n'a été fourni. (Tableau 3) La durée de la prise de dronabinol allait de 1 mois à 6 ans à une dose de 2,5 mg à 30 mg par jour pour les 191 patients inclus dans notre enquête. La durée ou la dose moyenne pour chaque patient est inconnue. Les doses initiales prescrites allaient de 2,5 mg une fois par jour à 2,5 mg trois fois par jour.


Avant d'être traités au dronabinol, la plupart des patients avaient essayé des médicaments antiépileptiques (gabapentine, prégalabine, clonazépam, carbamazépine) (n=140, 73,3%) ou un antidépresseur tricyclique (amitriptyline, clomipramine) (n=137, 71,7%). Vingt-huit (14,7 %) avaient également été traités avec de la kétamine. (Tableau 4) Un prescripteur, gérant trois patients, n'a pas répondu à la partie du questionnaire concernant le soulagement de la douleur. Sur les 188 restants pour lesquels nous disposions de données sur le soulagement de la douleur, 111 (59 %) ont rapporté une amélioration du soulagement de la douleur entre 30 et 50%, 41 (22%) plus de 50%, et 36 (19%) moins de 30%. L'amélioration du soulagement de la douleur a été évaluée par les médecins soit cliniquement, soit à l'aide d'une échelle spécifique. Le temps entre le début du traitement et le soulagement de la douleur était inconnu. Des informations sur les effets secondaires ont été obtenues pour 148 patients par 23 des 25 prescripteurs. Huit prescripteurs (34,8 %) ont signalé des nausées, une sécheresse de la bouche, une somnolence et des étourdissements chez 26 patients. Un patient a présenté un délire d'excitation.


Quinze des 23 prescripteurs (65,2 %) ont déclaré que leurs patients n'ont eu aucun effet secondaire, ce qui représente 122 patients (82,4% des 148 patients inclus dans cette partie). La principale raison rapportée pour l'arrêt du dronabinol était le manque d'efficacité. Douze prescripteurs (48%) ont utilisé l'inventaire des symptômes de la douleur neuropathique (NPSI) pour suivre le soulagement de la douleur de leurs patients avec un score objectif. patients à l'aide d'un score objectif, trois (12%) le Brief Pain Inventory et les autres (n=10, 40%) ont utilisé l'échelle visuelle analogique ou le questionnaire Douleur Neuropathique 4 (DN4). (Tableau 5)


4. Discussion


Le dronabinol est le seul médicament à base de cannabinoïdes disponible en France. Il peut être prescrit dans le contexte d'une autorisation spéciale pour traiter les douleurs chroniques réfractaires en tant que traitement de dernière intention. Selon la base de données de l'ANSM, 377 patients ont été traités par le dronabinol depuis son autorisation en 2006, et lors de la dernière évaluation (décembre 2016), seuls 207 étaient encore sous traitement par dronabinol dans 17 régions métropolitaines françaises (54,9%). Notre enquête fait état de 191 patients traités par dronabinol depuis 2006 dont 90 toujours sous traitement en 2017. Cela représente 43,5% des patients de la cohorte ANSM. Notre enquête montre que 152 patients (81% des 188) ont connu un soulagement de la douleur de plus de 30% ce qui est supérieur à celui rapporté dans la littérature. L'ANSM a conclu que la plupart des prescripteurs rapportent un moyen soulagement moyen de la douleur compris entre 20 et 40% pour leurs patients ainsi qu'une amélioration de la spasticité et de la qualité de vie, et peu d'effets secondaires (somnolence, nausées et vomissements) avec un bon profil de sécurité.


Sur le site En revanche, aucun résultat significatif n'a été obtenu dans l'essai BIONORICA de 2009 [10]. Les effets secondaires les plus fréquents que nous avons relevés dans notre enquête étaient les nausées, la sécheresse buccale, la somnolence et les vertiges (avec un cas de délire agité) affectant environ 20 % des patients. Ces effets secondaires rapportés sont similaires à ceux de la littérature, y compris l'essai BIONORICA, dans lequel 25 % des patients (31 des 124 patients) ont été traités par le médicament. des patients (31 sur 124) ont présenté des effets secondaires avec 7,5 mg de dronabinol sur 7 mois. La base de données de l'ANSM ne fournit aucune information sur les symptômes ou la pathologie des patients. Dans notre cohorte, près de la moitié des patients souffraient de SEP (49,7 %) et un tiers (36,6 %) présentait des des douleurs neuropathiques centrales dues à d'autres causes. Un seul patient était atteint d'un cancer. Bien qu'une amélioration du symptôme de la douleur a été démontrée, notre enquête n'a pas été conçue pour l'associer à une amélioration de la pathologie.


Selon la littérature, l'essai de 2004 sur 24 patients atteints de SEP [9], a trouvé une réduction de la douleur de 21% par rapport à la ligne de base après 3 ans. de 21 % par rapport à la ligne de base après 3 semaines de traitement avec 10 mg de dronabinol. Dans notre enquête, la durée de la prise de dronabinol allait de 1 mois à 6 ans avec une dose quotidienne de 2,5 mg jusqu'à 30 mg et une dose initiale prescrite de 2,5 mg une fois par jour jusqu'à 2,5 mg trois fois par jour. À notre connaissance, aucune autre étude n'a fait état de patients traités par le dronabinol pendant plus d'un an. Une autre indication du dronabinol est la stimulation de l'appétit, les essais cliniques ayant montré un bénéfice pour les patients prenant 10 mg d'une forme orale de tétrahydrolcannabiol [11]. En France, la prescription du dronabinol est limitée au traitement de la douleur chronique mais il pourrait avoir une valeur thérapeutique dans d'autres indications, par exemple pour les effets secondaires de la chimiothérapie chez les patients.


Un seul patient de notre enquête avait un cancer et bien que le dronabinol ait été officiellement prescrit pour la douleur dans ce cas, il peut également soulager les nausées et stimuler l'appétit. Ainsi, les oncologues pourraient être intéressés à recevoir plus d'informations sur cette classe de médicaments. Malgré l'efficacité du dronabinol pour le traitement de la douleur et son bon profil de sécurité, il ne peut être prescrit sous autorisation spéciale en France uniquement pour les douleurs chroniques réfractaires. Tous les médecins de notre enquête ont laissé un commentaire sur la difficulté d'obtenir l'autorisation de prescrire du dronabinol.


Fin 2017, l'ANSM a encore restreint l'indication aux "douleurs neuropathiques centrales réfractaires" et est devenue encore plus réticente à accorder l'autorisation. Certaines demandes de prescription ont été refusées même pour des patients atteints de lésions de la colonne vertébrale, qui fait partie du système nerveux central. La situation en France est déconcertante et contraste avec celle d'autres pays. Par exemple, entre 2004 et 2013, 23 États américains ont légalisé l'usage médical du cannabis. Il est intéressant de noter que dans ces mêmes États, la mortalité par surdose non volontaire d'analgésiques opioïdes [12] a diminué en moyenne de 24,8 % de 1999 à 2010. 1999 à 2010. La tendance inquiétante d'une augmentation du nombre de décès par surdose d'analgésiques opioïdes surdose est également observée en France depuis quelques années.


Les médicaments à base de cannabinoïdes pourraient être une alternative aux opioïdes forts pour certaines conditions spécifiques et devraient sans doute bénéficier d'une autorisation avec une information correcte du prescripteur et du patient. Dans l'ensemble, les prescripteurs qui ont participé à notre enquête souhaitaient continuer à prescrire du dronabinol et étaient intéressés par l'utilisation d'autres médicaments à base de cannabinoïdes. Pour plusieurs prescripteurs de différents centres de la même ville ou de différentes villes d'une même région, le centre répondeur ne pouvait pas être déterminé. Les praticiens étaient trop dispersés, d'une manière non représentative de la la majorité. Cette enquête a été réalisée de manière rétrospective. Certaines données étaient manquantes en raison de biais de mémoire du prescripteur. Une enquête complémentaire avec un questionnaire différent pourrait être intéressante.


5. Conclusion


Cette enquête, première évaluation factuelle sur l'utilisation du dronabinol en France, met en évidence la difficulté de d'obtenir des informations de la part des autorités françaises et des prescripteurs ainsi que la nécessité de disposer d'informations plus d'informations précises et d'études pour pouvoir traiter plus de patients dans de bonnes conditions. Bien que la légalisation du cannabis reste un grand débat de société en France, les médicaments à base de cannabinoïdes représentent une solution alternative et indispensable. à base de cannabinoïdes représente une solution alternative et très nécessaire pour traiter des situations spécifiques telles que la douleur chronique, les nausées et la perte d'appétit. D'autres études sont nécessaires dans ce domaine ainsi que des informations correctes et précises pour informer les les médecins, notamment les praticiens de soins primaires, et les patients sur l'utilisation médicale de ces médicaments.

 

Auteurs: S. Lejczak, H. Rousselot, P. Di Patrizio, Marc Debouverie. Dronabinol use in France between 2004 and 2017. Revue Neurologique, Elsevier Masson, 2019, 175 (5), pp.298-304. ff10.1016/j.neurol.2018.07.011ff. ffhal-02140005f


Sarah Lejczaka,b, Hubert Rousselotb , Paolo Di Patrizioc , Marc Debouveriea,d a Department of Neurology, Nancy university hospital, (CHRU) - Hôpital Central, 29 Avenue du Maréchal de Lattre de Tassigny CO n°34, 54035 NANCY CEDEX FRANCE b SISSPO (Service Interdiciplinaire de Soins de Support aux Patients en Oncologie), Institute of Oncology of Lorraine « Alexis Vautrin », 6 avenue de Bourgogne 54519 Vandoeuvre les Nancy Cedex c Department of General Practice at the University of Lorraine, 9 avenue de la Forêt de Haye BP 20199 54505 Vandoeuvre les Nancy Cedex dUniversité de Lorraine, EA 4360 Apemac, F-54000 Nancy, France.


Auteur de correspondance : s.lejczak@chru-nancy.fr. Département de Neurologie, CHRU de Nancy, Hôpital Central, 29 Avenue du Maréchal de Lattre de Tassigny CO n°34, 54035 NANCY CEDEX France. Téléphone : 33 (0)3 83 85 22 56


https://hal.univ-lorraine.fr/hal-02140005


Droits: Distribué sous une licence Creative Commons Attribution - Non Commercial 4.0 International License


Soumis le 22.10.2021


Remerciements


Nous remercions l'ANSM et la SFETD d'avoir partagé leurs informations et tous les médecins qui ont participé à cette enquête.


 

Figure 1 : Taux de prescription de dronabinol par ville en France entre janvier 2014 et

décembre 2016 (données de l'ANSM)

Tableau 1 : Répartition des centres, des prescripteurs et des patients sous dronabinol en France en 2017.


Tableau 2 : Répartition des centres, des prescripteurs et des patients sous dronabinol en 2017. Centres en France qui n'ont n'ont pas répondu à l'enquête.


Tableau 3 : Caractéristiques des prescripteurs de dronabinol


Tableau 4 : Caractéristiques des patients


Tableau 5 : Médicaments antidouleur utilisés avant le dronabinol


Tableau 6 : Échelles d'évaluation des patients et intentions de prescription

 

Figure 1 : Taux de prescription de dronabinol par ville en France entre janvier 2014 et décembre 2016 (données de l'ANSM)
Figure 1 : Taux de prescription de dronabinol par ville en France entre janvier 2014 et décembre 2016 (données de l'ANSM)

Tableau 1 : Répartition des centres, des prescripteurs et des patients sous dronabinol en France en 2017.
Tableau 1 : Répartition des centres, des prescripteurs et des patients sous dronabinol en France en 2017.

Tableau 2 : Répartition des centres, des prescripteurs et des patients sous dronabinol en 2017. Centres en France qui n'ont n'ont pas répondu à l'enquête.
Tableau 2 : Répartition des centres, des prescripteurs et des patients sous dronabinol en 2017. Centres en France qui n'ont n'ont pas répondu à l'enquête.

Tableau 3 : Caractéristiques des prescripteurs de dronabinol
Tableau 3 : Caractéristiques des prescripteurs de dronabinol

Tableau 4 : Caractéristiques des patients
Tableau 4 : Caractéristiques des patients

Tableau 5 : Médicaments antidouleur utilisés avant le dronabinol
Tableau 5 : Médicaments antidouleur utilisés avant le dronabinol

Tableau 6 : Échelles d'évaluation des patients et intentions de prescription
Tableau 6 : Échelles d'évaluation des patients et intentions de prescription

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